Séminaire de Stephen Lankton

Séminaire organisé par l’Institut Milton H. Erickson de Paris, les 26 et 27 juin 2004, à Paris
Compte rendu d’Irène Bouaziz

La métaphore : résolution de problème ericksonienne
Un des grands mérites de l’Institut Milton H. Erickson de Paris est de nous donner l’occasion de rencontrer chaque année au moins un des élèves de Milton Erickson (un éricksonien de première génération, comme dit Joyce Mills).

Ces opportunités de découvrir de multiples regards sur Milton H. Erickson nous rappellent, si besoin en était, que chacun construit sa propre réalité et que se dire « thérapeute éricksonien » ne définit rien d’autre qu’une interprétation toute personnelle du travail de ce grand homme.
Ainsi, au fil des années, nous ont été présentées différentes versions qui vont du « thérapeute respectueux et minimaliste » au « grand stratège manipulateur » en passant tout simplement par un « Daddy pas toujours facile à vivre ».

Cette année, c’est donc Stephen Lankton qui est venu animer un séminaire sur le thème des Métaphores (Metaphor : Ericksonian problem solving).

Stephen Lankton

Stephen Lankton devant ses métaphores imbriquées ©Paradoxes

Stephen Lankton, après un parcours impressionnant d’investissements dans de multiples approches thérapeutiques (Analyse transactionnelle, Gestalt, thérapies corporelles, thérapies cognitives, psychodrame, PNL etc.) a finalement travaillé avec Milton Erickson durant les cinq dernières années de la vie de celui-ci.
Il a eu, comme un certain nombre de ses condisciples, le souci de trouver comment comprendre et reproduire l’approche du maître et nous livre donc sa version d’Erickson agrémentée de ses apports personnels.

Sur un mode plus magistral qu’interactif, Stephen Lankton nous a donné à voir ses divers talents :
- formateur structuré, avec vidéos et diapos à l’appui, il a expliqué aux néophytes (y en avait-il dans la salle ?) ce qu’était l’hypnose éricksonienne et ce qu’elle n’était pas, quels étaient les différents types de suggestions et comment construire des métaphores
- thérapeute accompli, il a effectué une démonstration confusionnante au possible de l’utilisation des métaphores imbriquées
- aïkidoka redoutable, il a simulé un combat avec un participant embarrassé, agissant ainsi une métaphore de l’aspect utilisationnel de l’hypnose
- remarquable imitateur, il nous a fait beaucoup rire en nous faisant Milton Erickson, Woody Allen (tiens, qui l’eut cru, il y a donc un américain qui a vu un film de Woody Allen !), Arnold Schwarzenegger…

Son enseignement, avec ses multiples protocoles, a le côté séduisant de l’accessibilité (c’est simple, il suffit de suivre les étapes du programme) associé au côté séduisant de la créativité (on a une marge de manœuvre, on peut inventer des histoires à guérir).

Si Stephen Lankton se place clairement en position haute dans la relation thérapeutique, il affirme tout à la fois des principes constructivistes (« le thérapeute n’observe pas la réalité, il participe à la création de la réalité ») et une conception déterministe (« nous sommes totalement menés par notre inconscient et nos impulsions ») qui rend difficilement compréhensible cette « épistémologie du thérapeute » à laquelle il se réfère sans cesse.

Il est, en tous les cas, particulièrement réputé pour son travail avec les métaphores et sa formalisation de la pratique des métaphores imbriquées (une histoire dans une histoire dans une histoire … vous perdez le fil et le thérapeute peut placer subrepticement quelques suggestions bien directes de son cru dans votre cervelle ramollie).

L’ensemble laisse une impression de malaise et donc une opportunité de réflexion plus approfondie.

Que fait donc passer cet élève de Milton Erickson pour provoquer un tel sentiment de gêne alors qu’on s’attend à se trouver en terrain familier, avec un thérapeute qui se réfère, peu ou prou, aux mêmes valeurs ? A vrai dire, ce n’est pas la première fois que cela arrive : certaines vidéos du travail d’Erickson lui-même jouant au gourou manipulateur ou encore la pratique d’un autre de ses élèves, Herbert Lustig, laissent parfois perplexes.
Comment donc, on croyait avoir compris que l’approche éricksonienne, par opposition à l’hypnose traditionnelle, était non autoritaire, respectueuse des patients, qu’elle leur permettait d’accéder à leurs ressources…et voilà des thérapeutes exhibant leur pouvoir de guérir?
L’approche thérapeutique éricksonienne est-elle aussi angélique qu’on veut le faire croire lorsqu’on diabolise l’hypnose traditionnelle?
Les thérapeutes éricksoniens sont-ils des maïeuticiens, accoucheurs de compétences ou des démiurges, constructeurs de métaphores avec lesquelles ils manipulent les patients?

Bien sûr, les choses ne sont pas si simples et, au delà de cette vision réductrice et manichéenne, prenons donc la peine de questionner notre propre pratique.

Plus on manie une méthode thérapeutique réputée rapidement efficace, comme l’hypnose ou la Thérapie Brève de Palo Alto, plus on est exposé au risque d’adopter un point de vue déterministe en croyant que ce sont nos interventions qui « guérissent ». La vision interactionnelle et la conscience de l’infinie complexité des systèmes vivants ne font, malheureusement, pas le poids face à la jubilation que procure le succès.

Toute utilisation d’un outil fait courir le risque de déraper dans la toute puissance, qu’il s’agisse de l’automobiliste qui fonce à 200 à l’heure, du soldat armé d’une mitraillette ou du thérapeute qui assène des métaphores, prescrit des tâches ou des médicaments.

Plus nous formalisons notre pratique, plus nous décrivons pas à pas ce que nous faisons et plus nous nous enfonçons dans la logique linéaire, nous éloignant de la vision globale, systémique, que nous procure la dimension artistique de notre travail.

Plus nous avons de thérapies réussies à notre actif et plus nous risquons de considérer notre théorie (une construction pragmatique visant à résoudre les problèmes humains) comme la vérité universelle et incontestable.

Merci à Stephen Lankton de nous avoir donné cette occasion de réfléchir.
Stephen Lankton est l’auteur de 85 publications, aucune n’a, pour l’instant, été traduite en français.
Pour en savoir plus sur Stephen Lankton, un site très complet: http://www.lankton.com

© I. Bouaziz/Paradoxes

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