Allocution d'ouverture de la troisième Journée d'Étude
de Paradoxes
octobre 2004
docteur Chantal Gaudin, psychiatre

Bonjour et bienvenue à toutes et à tous
C’est un grand plaisir pour l’équipe de PARADOXES de
vous accueillir pour cette troisième journée d’étude.
Oui, trois ans déjà ! et vous n’échapperez
pas à la tradition d’une brève évocation historique.
PARADOXES est une association loi 1901, née en septembre 2001 de l’enthousiasme
de quatre médecins pour la Thérapie Brève de Palo Alto :
Georges Elkan, pédopsychiatre et psychothérapeute à Paris,
Manuela Guillot, neurologue et psychothérapeute à Lyon, Irène
Bouaziz, psychiatre et psychothérapeute à Paris, et moi-même,
Chantal Gaudin, psychiatre et psychothérapeute à Genève.
Je vous rappelle brièvement les activités régulières
de l’association depuis sa fondation :
Nous organisons chaque année deux ateliers en janvier et en avril.
Ils ont pour principal objectif de créer des occasions de travailler
ensemble, avec des supervisions, des débats et des exercices.
Et la Journée d’Etude, qui a lieu chaque automne, a pour vocation
de donner la parole aux praticiens de l’approche de Palo Alto.
Dès sa naissance PARADOXES s’est doté d’un outil
de communication et d’information : notre site Internet, fruit
du labeur parfois acharné de notre webmaster Martine LAROCHE que nous
remercions très chaleureusement.
Ceux d’entre vous qui visitent régulièrement ce site
auront remarqué que sa conception et son look ont été entièrement
remaniés ce printemps pour une meilleure navigation. Le site mérite
vraiment toute votre attention parce qu’il est régulièrement
mis à jour, sa rubrique Manifestations vous informe de séminaires
ou congrès sélectionnés, la rubrique Annuaires vous
offre des noms de thérapeutes et d’intervenants formés
au modèle de Palo Alto. Je vous rappelle que vous pouvez y figurer
si vous remplissez les conditions requises, que je vous laisse le soin de
découvrir sur le site.
Lorsqu’un membre ou l’autre de l’équipe participe à un congrès ou séminaire intéressant, un compte rendu en est rédigé pour diffusion sur notre site. C’est ainsi que vous pouvez ou pourrez y découvrir entre autres le compte-rendu de la Première Conférence Européenne de Thérapie Brève Stratégique et Systémique qui a eu lieu à Arezzo, en Italie, en novembre 2003. Cette manifestation est digne d’être relevée parce qu’elle a donné naissance à un réseau qui, à l’échelle européenne, se donne un peu la même mission que PARADOXES, de promouvoir la recherche, le développement, les échanges sur la Thérapie Brève Systémique.
Notre site comporte aussi parfois, malheureusement, une
rubrique nécrologique.
Nous avons eu le regret d’annoncer, en février dernier, le décès
d’un grand nom de la thérapie familiale italienne, Gianfranco
Cecchin, dont nous avions particulièrement apprécié les
interventions lors de la conférence d’Arezzo.
Et depuis notre deuxième journée d’Etude, notre vie associative
encore brève a déjà été marquée
par le décès de trois amis et membres de l’association,
Hervé Gardin, à la fin de l’année dernière,
Marie-Christine Aurimond et Naïma el Ouarchani cet été.
Certains d’entre vous les connaissaient bien et nous voulons profiter
de l’occasion de cette Journée pour avoir une pensée
pour eux.
Peut-être le savez vous, cette année 2004 est celle du centenaire
de la naissance de Gregory BATESON. Un anniversaire curieusement ignoré dans
la francophonie, mais qui sera célébré aux États-Unis
par une conférence qui aura lieu le 20 novembre à Berkeley.
Vous trouverez plus d’informations au sujet de cet évènement
sur le site de Paradoxes.
Au moins, nous saisissons l’occasion de cette Journée d’Etude
pour y consacrer quelques minutes.
Rendons donc à Bateson ce qui appartient à Bateson.
Nul d’entre vous qui utilisez peu ou prou le modèle de Palo
Alto ne peut ignorer ce que cette approche doit aux idées développées
par ce chercheur et théoricien de génie, réputé pour être
difficilement accessible.
À ce stade de mon propos chacun se sera remémoré la
notion de double lien ou double contrainte. Ce concept, trop tôt, et
trop mal présenté, comme l’a largement regretté Bateson,
est un peu l’arbre qui cache la forêt des immenses implications
de l’étude des paradoxes dans la communication humaine.
Mais les apports de Bateson sont bien plus larges et bien antérieurs à la
parution de cet article : Vers une théorie de la schizophrénie,
paru en 1956, et il n’est pas inutile de nous souvenir que notre pratique
quotidienne est tout entière imprégnée de ses idées.
Dès les premières minutes d’un entretien, quand nous
sommes attentifs aux interactions entre les individus dans leur système,
et à celles que le ou les clients ont avec nous, à la nature
symétrique ou complémentaire des relations, nous mettons en
pratique les observations de Bateson- anthropologue chez les Iatmuls dans
les années 30.
Notre vigilance à bien comprendre la vision du monde des clients s’inspire
directement du soin apporté par Gregory Bateson dans toute son œuvre à bien
distinguer et expliciter les différentes épistémologies
qui construisent les réalités des uns et des autres et en particulier
celles des psychiatres et des psychothérapeutes, comme il l’a
remarquablement analysé dans l’ouvrage publié avec Jürgen
RUESCH en 1951 : Communication et société.
La théorie globale de l’information développée
dans cet ouvrage, fait de la communication un modèle scientifique
regroupant les aspects physiologiques, intrapersonnels, interpersonnels et
culturels en un seul et même système explicatif.
Elle trouve des implications dans les références constantes
que nous faisons à ce qui a été décrit plus tard
par l’équipe du Mental Research Institute de Palo Alto sous
la forme des cinq axiomes de la communication :
- on ne peut pas ne pas communiquer
- tout message comporte deux niveaux d’information: le rapport et le
commandement
- la communication est structurée par la ponctuation des séquences
- les êtres humains usent de deux modes de communication: digital et
analogique
toute communication est symétrique ou complémentaire .
Quand nous sommes attentifs, dans notre pratique, aux confusions
de niveaux logiques dans le discours de nos clients ou quand nous utilisons
la double contrainte thérapeutique avec nos prescriptions paradoxales, nous
tirons directement profit des 10 ans de travaux de l’équipe
Bateson sur l’application de la théorie des types logiques de
Withehead et Russell dans le champ de la communication.
Si ces notions nous ont permis de concevoir le symptôme comme un trouble
de la communication et de nous départir de la vision pathologisante
de la psychiatrie classique, une utilisation simplificatrice et mécaniste
de certains des principes qui animent notre approche peut se révéler
dangereuse. D’ailleurs, Gregory Bateson était extrêmement
méfiant quant aux applications pratiques de ces concepts.
Ecoutons ce que nous dit sa fille Mary Catherine dans Regard
sur mes parents. « L’impératif éthique
de Gregory mettait l’accent sur la complexité et sur les dangers
d’une manipulation qui portât à son maximum quelque caractéristique
isolée ou soutint quelque dépendance, ses exemples allant de
l’administration de drogues aux schizophrènes à l’emploi
des pesticides pour favoriser les exploitations agricoles de monoculture,
toutes manipulations impliquant de dangereuses simplifications outrancières.»
Gardons-nous bien de tomber dans ce même piège avec nos théories
constructivistes et notre nécessaire position basse, notions qui,
comme toutes les abstractions, peuvent conduire à ces dangereuses
simplifications ; par exemple en ignorant, au nom de la non–normativité,
des souffrances et des troubles graves qui peuvent conduire à des
tragédies humaines.
Je vais terminer en vous présentant rapidement le déroulement
de la journée :
Nous entendrons une première communication avant la pause café-croissants
qui aura lieu de 11h 15 à 11h 35. Nous assisterons ensuite à une
deuxième communication puis à la désormais traditionnelle
démonstration de l’application du modèle avec un temps
pour les questions jusqu’à 13 h.
L’après-midi sera assez dense avec trois conférences entrecoupées d’une pause café-gâteaux de vingt minutes à 16 h 15. Et la journée se terminera vers 18h sur les propos de clôture d’Irène Bouaziz. Je vous souhaite à tous une journée passionnante, et je passe la parole à Manuela Guillot.
© C. Gaudin/Paradoxes
Troisième Journée d’Etude,
octobre 2004
- Modération, docteur Manuela
Guillot
- Qu’est-ce qui nous amène à croire
que l’approche systémique permet le changement en entreprise?, Yves
Djorno
- Une approche paradoxale des pyschotraumatismes, Stéphane
Keller, Jean-Curt Keller
- Modération, docteur Georges
Elkan
- Jeunes en crise et Thérapie Brève, François
Bernard, Line Cogné, Estelle Templier
- Allocution de clôture, docteur
Irène Bouaziz