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L'Intervention Systémique Brève

docteur Irène Bouaziz, avril 2002

L’Intervention Systémique Brève est une application, hors champ thérapeutique, du modèle de résolution de problèmes développé au Centre de Thérapie Brève du Mental Research Institute de Palo Alto à la fin des années soixante.

Ce modèle, initialement mis au point dans le cadre d’un travail thérapeutique avec des couples et des familles, a rapidement été adapté à la thérapie individuelle et à des domaines variés comme les institutions, les entreprises, les négociations diplomatiques, etc.

Dans la mesure où cette démarche de résolution de problèmes ne se réfère pas à des pathologies, elle s’applique, bien entendu, dans tous les contextes dans lesquels peuvent se poser des problèmes humains.

Depuis de nombreuses années, des consultants formés à l’approche de Palo Alto interviennent dans les entreprises ou les institutions pour traiter des problèmes individuels ou d’équipe.

On ne parle pas alors de Thérapie Brève, mais d’Intervention Systémique Brève.

Ces interventions peuvent aussi bien être des accompagnements individuels pour des personnes rencontrant des difficultés dans l’exercice de leur profession, qu’un travail de groupe en vue d’aider des équipes à faire face à des changements.

Si les prémisses et les principes de l’Intervention Systémique Brève sont identiques à ceux de la Thérapie Brève Systémique, son application dans le cadre d’une entreprise ou une institution demande d’être particulièrement vigilant sur certains points :
• la nécessité de poser un cadre de travail particulier dans lequel l’intervenant passe un contrat très précis avec le commanditaire pour se garantir une marge de manœuvre suffisante pour travailler ;
• la dimension de contrainte, implicite ou explicite, intégrée ou refusée, qui est toujours plus ou moins présente à un niveau ou à un autre dans les contextes professionnels, impose de mettre en place une procédure rigoureuse de façon à s’assurer de rester respectueux de la liberté de chacun ;
• l’identification du système pertinent pour l’intervention, c’est-à-dire de la personne ou des personnes les plus motivées pour un changement. Du fait de la complexité des systèmes en interaction dans une entreprise ou une institution, cette étape est particulièrement importante pour éviter de s’égarer dans une analyse interminable de toutes les interactions en cause et dans des interventions mal ciblées.

Une fois ce cadre posé, l’intervention se déroule sur le même modèle qu’une thérapie :
• Identifier quel est le problème, c’est-à-dire quelle est la difficulté qui se présente de façon récurrente et qui persiste malgré tout ce qu’on tente de faire pour la résoudre.
• Obtenir une définition claire de l’objectif.
• Identifier les tentatives de solution inefficaces déjà mises en œuvre.
• Faire cesser ces tentatives de solution dont la répétition maintient et aggrave le problème de façon à permettre au système de retrouver suffisamment de liberté pour trouver des solutions efficaces.
De même que le thérapeute ne définit pas le problème à la place du patient et ne propose pas de solution toute faite, l’intervenant qui utilise l’approche systémique ne se positionne pas en expert qui a toutes les réponses.
Ses interventions reposent, comme dans la thérapie, sur des recadrages et des prescriptions de tâches dont le but est d’amener le client à cesser de reproduire toujours le même type de tentatives de solution inefficaces.
 
Peut-être plus encore que dans le cadre de la thérapie, l’application du modèle de Palo Alto aux problèmes posés dans les entreprises et les institutions est en plein développement et ouvre de larges champs de recherche.

Et, tout autant que dans le domaine thérapeutique, ces applications demanderont de rester vigilant sur les principes éthiques sur lesquels repose cette approche (respect de l’autre, responsabilité et liberté).

On se référera utilement à :
• Claude DUTERME, La communication interne en entreprise, l'approche de Palo Alto et l'analyse des organisations, De Boeck Université, Bruxelles, 2002

• Lucy GILL pour l'application du modèle dans les entreprises (Comment réussir à travailler avec presque tout le monde, Retz, Paris, 2006).

• Françoise KOURILSKY-BELLIARD, Du désir au plaisir de changer. Comprendre et provoquer le changement, seconde édition, Dunod, 1999

• Claude SERON et Jean-Jacques WITTEZAELE pour l'application du modèle dans les contextes d'aide sous contrainte (Aide ou contrôle : l’intervention thérapeutique sous contrainte, De Boeck Université, Bruxelles, 1991).
 
© I. Bouaziz/Paradoxes
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