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Paul Watzlawick, 25 juillet 1921, Villach (Autriche) – 31 mars 2007, Palo Alto (USA)

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P. Watzlawick 1921-2007 (© I. Bouaziz)

In memoriam

Je crois que c'était à Lyon au début des années 90, Jean-Jacques Wittezaele et Teresa Garcia l'avaient fait venir pour une session de l'Institut Gregory Bateseon. Irène avait dit qu'il était "beau comme un dieu". Ces considérations para religieuses nous avaient conduit à parler de la croyance que la beauté intérieure (ou la laideur) modèle les traits et les attitudes des êtres. Watzlawick nous était également beau par le bouleversement et la respiration que son oeuvre avait amenés dans nos pratiques de psychiatres hospitaliers. Il est mort chez lui, près de son épouse Vera, très paisiblement et sans souffrir, après un bon dîner et de la musique italienne, selon l'article que lui consacre le San Francisco Chronicle (4 avril 2007). Il est né en 1921 à Villach en Autriche. Son père était directeur de banque. En 1949 il est reçu aux doctorats de lettres modernes (il en parlait cinq) et de philosophie de l'Université de Venise avant de rejoindre à Zürich l'Institut CG Jung de Psychologie analytique. Il devint thérapeute libéral en 1954. En 1960, il s'associa à l'équipe du Mental Research Institute de Palo Alto. En 1967, il devint membre du Département de Psychiatrie et de Sciences du comportement du Stanford University Medical Center. Il en était professeur émérite. Il exerça comme psychologue de 1969 à 1998, année où il cessa de recevoir des patients. En 2006, des raisons de santé le conduisirent à quitter ses fonctions au MRI. Il fut parmi ceux qui fondèrent une nouvelle approche thérapeutique par l'introduction du constructivisme dans la théorie de la communication. Avec John Weakland et Dick Fisch, il conçut le modèle de la thérapie brève. Il laisse 22 ouvrages traduits en 80 langues.
© Georges Elkan /Paradoxes


C’est en en 1992 que je l’ai vu pour la première fois, Jean Godin, président de l’Institut Milton Erickson de Paris, l’avait fait venir pour un séminaire de 2 jours, précédé d’une conférence d’une soirée. Cette année là, après avoir lu tous ses livres, une révolution copernicienne s’était produite dans ma tête : je ne croyais plus en la réalité objective et toutes les convictions qui y étaient associées, le matérialisme, la santé mentale et autres illusions de vérité, s’étaient effondrées dans un fracas assourdissant, me laissant disponible pour l’hypnose éricksonienne, et plus tard la Thérapie Brève de Palo Alto. Cet automne là, avec lui en chair et en os à Paris, il y a eu la séduction de son regard bleu et de son allure d’intellectuel « vielle Europe » et une pointe de déception, déjà, parce que ses propos reprenaient quasiment mot pour mot le contenu de ses livres. Mais, bon, c’était tellement extraordinaire de pouvoir entendre, dans l’amphi Charcot de la Salpetrière, l’homme qui avait relégué mes connaissances de psychiatre des hôpitaux au rang de croyances. J’ai eu par la suite de nombreuses occasions de l’entendre dans des séminaires, à Lyon, Paris, Liège et Palo Alto, de dîner avec lui lorsque j’étais formatrice à l’Institut Gregory Bateson (il aimait le Graves blanc et la musique classique) et de lire et de relire ses livres.

Evidemment, même s’il nous a appris à rejeter le déterminisme, je ne peux m’empêcher de penser que, sans lui, je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui. Sans lui et ses remarquables talents de conteur, l’Ecole de Palo Alto n’aurait jamais été connue du monde entier. Sans lui qui, mis à part quelques uns, aurait jamais eu la curiosité de se plonger dans la lecture de Gregory Bateson, dont il a contribué à vulgariser (et peut être appauvrir) la pensée ?
© Irène Bouaziz/Paradoxes


L’adepte d’une « mythologie efficace »
« Je ne voudrais pas que l’on croie que ce que je pense est la vérité ultime ». C’était en 1990 dans un entretien à la revue Résonances. Paul Watzlawick, une nouvelle fois, donnait une leçon de modestie. Ou de tolérance, comme on voudra. « Dès lors que nous acceptons la relativité de la réalité, il en résulte non pas le nihilisme, mais la tolérance. Car si je suis responsable de ma réalité, je dois admettre qu’il en est de même pour mon voisin » (in « L’interaction en médecine et en psychiatrie », Génitif Atelier Alpha Bleu, 1982, p. 151). Cette posture résolument constructiviste – la réalité est affaire de foi, disait Bateson - est celle que je garderai du travail de Paul Watzlawick. Elle va de pair avec une position philosophique pragmatiste, digne de Richard Rorty, auteur, entre autres, de « A quoi bon la vérité ? » (Grasset, 2005). Pour Watzlawick, en effet, une école scientifique est avant tout une mythologie. Une mythologie qu’il souhaite efficace, pour ce qui est de Palo Alto. « Une grande partie des débats scientifiques se fonde sur la supposition que la science est en train de découvrir la vérité. Je crois au contraire que toute perspective scientifique, toute école, est une mythologie. C’est une image de la réalité. Probablement que si la réalité existe, elle n’est pas directement observable. Nous pouvons seulement faire des hypothèses, nous pouvons seulement créer des mythologies. Il serait très dangereux, je suppose, que notre mythologie corresponde à la vérité. (…) Alors vous pouvez demander « so what » ? On peut se demander quel est le critère. Je crois que le critère c’est l’efficacité ». (idem, p.23). Tolérance, constructivisme, pragmatisme. Et puis, un parti pris éthique, fort. « Je pense que si nous, thérapeutes, commençons à nous considérer comme étant au service de la néguentropie, nous remplirons bien mieux notre rôle que nous ne le faisons en qualité de je ne sais quel gourou ou sauveur de l’humanité. Heinz von Foerster, en 1984, définissait ce rôle dans son impératif éthique : toujours agir de façon à élargir l’éventail des choix » (L’art du changement, L’Esprit du temps, 1993, p.37). Voilà pour la thérapie. Le consultant en organisation a les mêmes partis pris. Face à la « complexité inextricable de toute problématique », Watzlawick reconnaît qu’il peut sembler exclu d’intervenir, d’une manière ou d’une autre. D’autant que l’observateur n’a pas de perception globale du système, ce qui ne peut que démultiplier cette complexité, rétroactivement. Mais il est pourtant possible d’identifier certains types d’interactions et même de les prévoir, et même de mettre en œuvre des stratégies thérapeutiques certes incomplètes, mais néanmoins utiles, dit-il dans « Management ou la construction de réalités » (in, Les Cheveux du baron de Münchhausen, Le Seuil). Et il cite deux stratégies. L’une, l’arrêt des tentatives de solution, il la nomme « variation déviante au service de sa propre correction ». Malgré la complexité inextricable de toute problématique, il est possible d’identifier certains types d’interaction, de les prévoir et de mettre en œuvre des stratégies thérapeutiques. Par exemple, constate Watzlawick, le thermostat parvient à maintenir la température d’une maison à un niveau stable. Il choisit, parmi l’infinie diversité des facteurs météorologiques une seule variable : la variation de température par rapport à une norme définie. « Le thermostat fait de la variation elle-même le ressort de sa propre correction ». A partir d’une définition claire et concrète du problème posé, et de l’identification de la pseudo-solution inopérante appliquée jusqu’alors, l’arrêt des tentatives de solution par un 180° ou un U-turn, c’est inverser la variation « déviante », les tentatives de solution, en son contraire. Quand cette inversion ne constitue pas à elle seule une solution suffisante, elle fragilise le système de telle sorte qu’il devient plus facile d’introduire de l’extérieur la modification que le système était incapable d’engendrer par lui-même. Deuxième stratégie : les scénarios. Autrement dit, la philosophie du « comme si ». Un avenir imprévisible ne peut-il être que passivement subi ou peut-on, d’une manière ou d’une autre, penser l’impensable ?, demande Watzlawick. Sa réponse : « Manager, c’est savoir quel devrait être le système organisationnel ici et maintenant pour qu’il soit capable de maîtriser la situation future arbitrairement présupposée ». Il recommande alors de travailler sur deux scénarios, bâtir des hypothèses, diamétralement opposées et dont on suppose non pas qu’ils se réaliseront mais qu’il est possible qu’ils le fassent. Il s’agit là, précise-t-il, d’une application pratique du constructivisme : « projection consciente » de réalités afin d’en déduire des indications pour des décisions concrètes. Partir de la solution pour aller vers le problème posé : une méthode qui peut réussir là où d’autres tentatives de solution ont échoué jusqu’alors. Armé de ces deux stratégies et de ces postures constructivistes, pragmatistes et éthiques, le thérapeute et le consultant sont équipés. En tout cas ceux à qui cette mythologie convient.
© François Klein/Paradoxes


L’hommage à Watzlawick peut prendre la forme de louanges au grand écrivain et penseur qu’il a été. Oui, Watzlawick est un grand auteur qui a su mieux que tout autre contribuer au rayonnement des idées paloaltistes et tenter d’inscrire le mouvement dans le vaste courant de la pragmatique.  Lui rendre hommage peut consister aussi à  proposer une relecture de la théorie de la communication de Palo Alto. Celle-ci peut prendre la forme d’une étude de la correspondance entre la pragmatique de la communication humaine et la thérapie brève (parfois qualifiée de systémique et stratégique). Il peut sembler intéressant d’examiner, de même, les effets du paradoxe sur ce lien, à travers une démarche épistémologique. Ainsi, peut-on rendre aux fondateurs de ce mouvement de pensée un hommage en faisant vivre les idées et le débat sur un mouvement de pensée qui reste vivant.

Un objet de réflexion est celui de la justification des nouveautés introduites par cette théorie dans le champ de la connaissance. Pour le praticien, la difficulté est de trouver le point d’équilibre entre le désir de partager ses idées et celui de prendre avec elles le recul de la réflexion critique. Le risque des trop grandes libertés prises avec la formalisation par Watzlawick des concepts batesonniens est celui de toute interprétation personnelle. Toutefois, à l’inverse, les tenants de théories rivales pourraient trouver que la critique reste trop près d’une pensée perçue comme encore dogmatique. Ainsi en est-il de l’attachement des hommes à leurs idées.

L’étude du paradoxe ressortit à la logique, mais aussi à la philosophie de la connaissance. Certains paradoxes revêtent une importance toute particulière, puisque toute théorie qui engendre un paradoxe doit être modifiée, sous peine de se trouver disqualifiée pour incohérence. Comment traiter du paradoxe en même temps que d’une théories qui se nourrit de lui et qui peut se trouver elle-même menacée par lui ?  Le paradoxe se niche volontiers entre l’énonciateur et son énoncé. Je mens, je ne sais pas parler, réfléchir, je doute de ma propre rationalité... L’histoire de la plupart des recherches, sans doute, se nourrit du regard que porte le chercheur sur la discipline qu’il entend servir ou à l’enrichissement des connaissances de laquelle il souhaite œuvrer. Celui qui exerce une activité de conseil en relations humaines et traite de problèmes individuels et familiaux par des procédés qualifiés de thérapeutiques peut croire que chacun dispose de ressources qu’il lui appartient de développer, ou de se les rendre accessibles, par le lâcher-prise aux croyances inhibitrices. L’influence qu’il peut exercer, avec l’intégrité dont il est capable, il la tient de théories de l’humain et de leurs outils et instruments. Il sait que la recherche de l’efficience en thérapie n’est pas sans risque, par pression à la réussite, conduisant vers la hâte ou la précipitation. Susceptible de manquer de l’objectivité et du recul critique suffisants vis-à-vis des hypothèses théoriques qu’il a adoptées et qui lui tiennent lieu d’idéologie, il se demande comment procéder pour vérifier qu’elles constituent un appui valable, d’authentiques connaissances. La psychothérapie reste un domaine aux contours flous, dont les paradigmes fondateurs des écoles ou les présupposés qui en tiennent lieu et les discours qui en découlent restent dispersés, les idéologies opposées ou masquées par l’intérêt. Les métaphores qui les poétisent sont comme le feu et la forêt. La clarification de sa propre position le renvoie à la question de la justification de la croyance, qui en transmuterait le plomb en or de la connaissance. Mais qu’est-ce qu’une croyance justifiée ? Et dans quelle mesure un discours théorique de l’humain est-il plus qu’un dogme ? À la recherche d’une connaissance justifiable, si l’efficacité pratique peut tenir lieu de vérification de la cohérence théorique et si elle permet de s’en dispenser, quels rapports entretiennent alors hypothèses théoriques et thérapie, démontrabilité et vérité ?

Aux comportements humains socialement indésirables et, à première vue, inexplicables, des hypothèses biologiques attribuent une origine organique. Les troubles sont appelés maladie et leur traitement relève de soins du corps. Mais où commence la métaphore de la maladie mentale ? Quand devons-nous cesser de dire que c’est le cerveau qui est malade ? Peut-on dire de l’esprit qu’il l’est ? Quand franchit-on cette frontière conceptuelle ? À côté, on trouve d’autres hypothèses. Se sont produits hier, se produisent aujourd’hui des événements de vie auxquels s’associent des troubles passagers ou durables du comportement. Ici, quelque chose a été acquis. Il s’agit d’une autre métaphore, celle de l’assimilation et de l’accommodation, des niveaux de l’expérience et de l’éducation, des rapports de l’individuel et du collectif, de la communication. Il n’y a sans doute pas, dans ce cas, la rupture conceptuelle que l’on croit entre communiquer, éduquer et soigner. Les critères à l’aide desquels on voudrait distinguer les comportements humains sont d’ordre sociétal. Les troubles humains peuvent être vus comme résultant d’un problème, personnel et relationnel, auquel n’ont été tentées que des solutions inadéquates, et qui attend sa juste résolution. Le regard porté sur l’homme par le thérapeute, le formateur ou l’ethnologue sont alors de même nature, hors de toute discontinuité conceptuelle entre l’étude des comportements considérés comme socialement normaux et anormaux, même s’il reste possible de les discriminer selon une hiérarchie de types ou de niveaux de la langue, laquelle est logique.

Or, la vie, la thérapie, l’éducation, l’apprentissage, la sexualité, le transfert, la projection, l’identification, les règles familiales, le travail, sont interactionnels. L’apprentissage, s’il requiert l’expérience, l’expérimentation et la réflexion individuelles, est, avant tout, basé sur l’imitation, la transmission et l’échange dans la relation, l’interaction. Certaines des disciplines de l’humain, lesquelles sont toutes interactionnelles par essence, s’adossent à des théories qui considèrent l’homme comme habitant l’île déserte de son ego. Elles modélisent le comportement du sujet à partir d’hypothèses essentiellement introspectives. Dès lors, de quels outils faire usage pour décrypter la communication dans le couple et la famille, entre le maître et ses élèves, l’individu et son groupe d’appartenance ? Quelle représentation se construire de ce qui est désigné par "phobie sociale”, sans se donner d’autre outil conceptuel que celui qui permet, tant bien que mal, de modéliser ce qui se produit dans l’esprit du phobique, mais jamais dans la société, et moins encore dans leurs actions réciproques ? Comment conceptualiser les complexes relationnels ? À l’aide de quels outils microsociologiques ou microanthropologiques expliquer les turbulences qui peuvent affecter un groupe, rendre compte de la manière dont les messages sont acceptés, partagés, redistribués ? Quelle est l’efficience de concepts comme transfert, projection et identification à modéliser les processus relationnels dans le contexte psychanalytique ? À partir de quels concepts d’amont expliquer ces concepts intrinsèquement interactionnels, sans disposer d’une théorie de l’interaction ?

Somme toute, cette question peut s’examiner du point de vue des rapports entre théorie et thérapie. Des hypothèses de recherches ont été émises au sein du groupe de Palo Alto, relatives à l’interaction, au rôle du langage et de la logique, à sa modélisation possible par la cybernétique ou la systémique, et à leurs rapports avec les pathologies de l’esprit. Dans la décennie suivante, une formalisation a été tentée par l’axiomatisation. Parallèlement, des recherches ont été conduites sur les techniques d’influence inductrices du changement. Deux points de vue se sont présentés. Les empiristes considèrent qu’ils se sont seulement inspirés des réflexions de leurs précurseurs pour mettre au point leurs outils d’intervention et que la seule chose importante à leurs yeux est le résultat obtenu par le thérapeute. D’autres considèrent l’axiomatique comme le fondement de la théorie, et voient la méthode comme sa conséquence, un ensemble de théorèmes déduits de l’axiomatique. Dès lors, cette théorie peut être mise en question en tant que telle. Est-elle complète ? Est-elle exempte de contradiction ? Comment la thérapie en est-elle déduite ? Cette question est évidemment différente de celle du seul jugement de la thérapie à travers ses résultats.

L’hypothèse que les processus de pensée que l’homme met en œuvre pour tenter de résoudre un problème sont précisément ceux qui réactivent le processus problématique ne peut être sans conséquences sur la représentation de l’homme qui la sous-tend. Ce qui permet la critique est l’axiomatisation : en cela l’œuvre de Watzlawick est élucidante.
© Jean-Curt Keller/Paradoxes

Bibliographie


Texte pour le Forum de Paradoxe du 07/05/04 - Marc Dutkiewicz -

Une des constatations que je fais depuis quelques mois, en tant que psychologue systémicien, est celle de la "division" ou de "la multiplication" actuelle à laquelle on assiste de la méthodologie de l'école de Palo Alto. Que ce soit sous forme de formations et/ou de nouvelles écoles De ce constat différentes questions parmi bien d’autres me "titillent"; et je remercie Irène de les mettre en partage sur ce forum.
Ne peut on et ne doit on pas en ce moment plus qu'avant, "penser et repositionner « le projet de l'école de Palo Alto » tel que nos pères (Bateson, Weakland, Fisch et Watzlawick) l’avaient fait en termes psychosocial, psychiatrique, institutionnel et politique?  Bref, s'engager dans la continuité de leur histoire qui se rejoue aujourd’hui ?
Et il y aurait à réfléchir en quoi elle se rejoue aujourd’hui ?...
"L'orthodoxie" est elle une valeur à défendre, ses enjeux pour l'école et nous mêmes (notre engagement auprès de nos métiers, collègues et de nos patients...). Comment se situer face à cette division si elle en est vraiment une ? La multiplication ou l'addition poseraient d'ailleurs le même problème... Les histoires et les pratiques de la psychologie et de la psychiatrie sont elles attachées à ce point à une logique arithmétique ?
Je vise autant l’appellation de thérapeute/ psychothérapeute sur laquelle nous devrions prendre clairement position, en cela aidé par la polémique actuelle autour d’une soi disante profession voir d’une activité médicalisée autant que psychologisée. Je ne connais que deux professions socialement instituées, qui soient des métiers : les psychiatres et les psychologues.
Laissons la "thérapie" à ceux qui considèrent que nos clients sont des malades ! De quoi doit on les guérir ? Ayons le courage de tenir un autre discours clair sur la demande de guérison de nos citoyens. Que certains de nos amis psychiatres et psychologues dits cliniciens (comme si la psychologie n’était pas clinique par définition !?) fassent de la thérapie une "médecine de l’esprit" ! Est-ce là le sens et l’idée de "l’écologie de l’esprit de Bateson" ? N’y aurait il pas des copies à revoir ?
Quel est le sens du choix du mot "thérapie Brève" de notre "école" ? Ne s’est elle pas montée à l’époque, contextuellement, "contre la psychanalyse" et une certaine idée du soin psychologique, médical et social en y introduisant une autre manière de faire de la psychologie et de la psychiatrie ? Et pour aller jusqu’au bout "faire des sciences humaines" avec l’esprit scientifique (Bachelard) ? Mais s’en est elle donné les moyens jusqu’au bout ? Peut on exister en s’érigeant en confrontation ? Quelle en est la validité ?
Non ! Nous savons bien que non : paradoxalement en voulant exister socialement et publiquement, "L’école" aurait peut être bien fait un pacte avec Faust, pour arriver à planter un "jardin parfait". Mais du coup ils ont rabattu sur nous cette valeur essentielle ; leur et notre propre marque de fabrique !! Ils n’ont pas été jusqu’au bout en laissant là une question ouverte et une réponse inachevée qui aujourd’hui risque de se refermer sur "leurs élèves". Car d’autres y répondent à notre place et l’exploitent avec tout les glissements sociaux, économiques, idéologiques voir scientifique en différents lieux "d’application" (en réf à la psychologie appliquée qu’est la psychotechnique) dans l’entreprise, les sphères privées et institutionnelles…
Je vise là les nouvelles appellations de coaching et de coach. Ceux-ci ne font que déposséder la psychologie et l’utiliser, comme on utilise des "outils". Combien cette notion d’outil est elle galvaudée au profit de la technique dans leur "boîte à outil" ? Combien de glissements sémantiques faudra t-il encore pour leur faire comprendre que l’outil fait disparaître le sujet ? Une belle métaphore est celle de celui qui montre la lune avec son doigt …
Et se sera le tour de la psychiatrie après, si ce n’est déjà fait depuis longtemps - de son identité, de ses outils, de ses prémisses scientifiques, de son histoire tout en les révisant ! Oui je sens un "Révisionnisme" social, scientifique et une instrumentation de nos métiers et de notre pratique si nous n’y prenons pas garde…
Une autre question vise la clarification des prémisses de notre position de praticien systémicien et stratégique. Si la Psychanalyse et d'autres approches méthodologiques d'action psycho-sociale définissent clairement un "modèle de l'homme" et un étayement philosophique indispensables; en l'occurrence "l'homme souffrant" pour la première ou "l'homme ressource" pour le courant humaniste etc....qu'en est il pour l'école de Palo Alto ?
"L'homme relationnel" de J. Jacques serait elle la réponse, ou pour partie ? Quelle serait la pertinence et la valeur scientifique actuelle et pour le futur d'une philosophie du "soleil levant" Sino-Bouddhiste qui étayerait notre posture professionnelle autant que notre pratique scientifique dans le monde psychiatrique- psychologique et social ?
Pourquoi se référer au bien médiatique philosophe Julien dont l’objectif pédagogique avoué est de faire un simple détour du regard philosophique vers l’extrême orient pour revoir autrement nos philosophies occidentales ? Nous avons socio-culturellement en Europe à notre disposition une "philosophie de l'action" (l’école stoïcienne, Pascal, Montaigne, Spinoza, et plus près de nous bien d’autres comme Lévinas, Jankélewicz…
Qui connaît "l’intelligence rusée" développée par la philosophie grecque (J.-P. Vernant), et "l’art de persuader" de Montaigne puis de Pascal etc.
Une culture qui n'est hélas pas "exotique", mais avec toutes les dérives que peut entraîner "un exotisme fantasmatique" dont nous faisons les frais en ce moment socialement et politiquement...La démarche était la même avec le courant "orientaliste" du XIXe… N’en voit on pas les pièges faciles et les chausses trappes aujourd’hui ?
Il y aurait des "gardes fous" à mettre en place, un discours plus sérieux, responsable et attentif de la part d’un tel homme public comme F. Julien qui a un pouvoir sur le social comme sur l’anthropologique…
A ce propos, nous pourrions peut être enfin définir – avec lui - ce qu’est une "école", étymologiquement au sens grecque du terme ou extrême orientale : peut on vraiment comparer la philosophie et la psychologie à "l’art de faire la guerre" et aux "écoles d’arts martiaux" ? Et si oui, alors avec quels précautions ?Ne pourrions nous pas l’inviter à une conférence-débat dans le cadre de l’association Paradoxes ?
Ces discours sont destinés à mes collègues et sont des "controverses professionnelles". Aussi je terminerais par une question de plus qui remet en selle notre position de discours dans et sur le monde ; le bruit que nous devons ou voulons faire : peut on vraiment exercer une action sur le monde, les relations et la souffrance humaine dans "le bruit médiatique" actuel, avec un développement aussi important (logique économique) de formation, de division à la chaîne de notre activité, d’émergence non contrôlée de métiers qui n’en sont pas et qui traduisent la difficulté des "collectifs de travail" à définir nos "métiers au carré" ?
Les activités de psychiatre et de psychologue systémiciens ne s’exerceraient elles pas plutôt au travers d’une Ethique (au sens morale) du discret, de l’humble de l’intime, du silence, de la parcimonie, du minimalisme et du chuchotement ? A moins que ce ne soit aujourd’hui une Ethique de la révolte et de l’indignation qu’il nous faille défendre ? Les deux stratégies ne s’excluraient d’ailleurs pas ?
Je crois que "la critique en débat", autant que les controverses professionnelles et les confrontations sont un champ de travail qui fait vivre une "école d'action et de pensée", toujours inscrite dans le social, le politique et l'idéologie dont nous ne pouvons faire l'économie. 

Marc Dutkiewicz, psychologue systémicien, 01 45 53 98 06, mdutk@free.fr

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